À retenir : tout locataire peut donner son congé à tout moment. Le préavis est de 3 mois en location vide et de 1 mois en location meublée. Six motifs permettent de réduire le préavis à 1 mois dans une location vide, dont la zone tendue, la perte d’emploi ou la mutation. Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, remise en main propre ou acte d’huissier. Un mail ou un simple courrier ne suffit pas.
Vous souhaitez quitter votre logement loué. Contrairement au bailleur, dont le congé est strictement encadré, le locataire dispose d’une grande liberté : il peut partir à tout moment, sans avoir à se justifier. Mais cette liberté suppose de respecter un préavis dont la durée dépend du type de bail et de votre situation personnelle. Le formalisme, lui, ne pardonne aucun raccourci : un congé envoyé par mail est réputé inexistant, même si le propriétaire l’a bien reçu. Nous vous détaillons ci-dessous les règles en vigueur en 2026, les six motifs de préavis réduit, la procédure exacte à suivre et les conséquences pendant le préavis, avec un cas chiffré pour calculer votre dernier loyer.
Un principe simple : le locataire peut partir à tout moment
La loi du 6 juillet 1989 pose une règle claire : le locataire d’une résidence principale peut résilier son bail quand il le souhaite, sans avoir à motiver sa décision. Il n’a pas à attendre l’échéance triennale ou annuelle du contrat. La seule contrainte tient au respect d’un préavis, dont la durée dépend de la nature du bail.
Il convient de bien distinguer ce régime de celui applicable au bailleur, qui ne peut donner congé qu’à l’échéance du bail et pour trois motifs limitativement énumérés : reprise pour habiter, vente du logement, ou motif légitime et sérieux (impayés répétés, troubles de voisinage). Sachez que cette dissymétrie est voulue par le législateur, qui a souhaité protéger le locataire tout en préservant la souplesse de sa mobilité.
Durée du préavis : 3 mois ou 1 mois selon le bail
La durée du préavis dépend d’abord du type de location. L’article 15 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 fixe le principe pour les locations vides, et l’article 25-8 pour les locations meublées.
- Location vide (nue) : préavis de 3 mois, réductible à 1 mois dans six cas listés plus bas.
- Location meublée : préavis de 1 mois, sans motif à justifier.
- Bail mobilité : préavis de 1 mois, quelle que soit la durée du contrat (1 à 10 mois).
- Colocation : préavis identique au bail principal (3 mois ou 1 mois). Le colocataire partant reste solidaire du paiement pendant six mois maximum après son départ effectif, sauf si un remplaçant est trouvé.
À noter : le préavis se compte de date à date, en jours calendaires. Un préavis de 3 mois débutant le 12 septembre expire le 12 décembre à minuit. Peu importe que le mois compte 28, 30 ou 31 jours.
Les six motifs de préavis réduit à 1 mois
Dans une location vide, six situations permettent au locataire de bénéficier d’un préavis réduit à 1 mois. Ces motifs sont listés par l’article 15-I de la loi du 6 juillet 1989. Le locataire doit invoquer expressément le motif dans sa lettre de congé et joindre les justificatifs.
1. Logement situé en zone tendue
La loi ALUR du 24 mars 2014 a instauré une réduction automatique du préavis à 1 mois dans les 1 149 communes classées en zone tendue par le décret n° 2013-392 du 10 mai 2013. Sont notamment concernées l’agglomération parisienne, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Toulouse, mais aussi des villes moyennes comme La Rochelle, Bayonne, Annecy ou Bastia. Vous pouvez vérifier si votre logement est en zone tendue via le simulateur officiel sur service-public.fr. Aucun justificatif n’est demandé, hormis la mention du motif dans la lettre.
2. Obtention d’un premier emploi
Le premier emploi s’entend d’un contrat de travail signé après une période sans activité professionnelle. Un CDD est admis à ce titre. La jurisprudence considère qu’un stage rémunéré ne constitue pas un premier emploi. Il convient de joindre à la lettre le contrat de travail signé.
3. Mutation professionnelle
La mutation ouvre droit au préavis réduit qu’elle soit imposée par l’employeur ou demandée par le salarié. La Cour de cassation, dans un arrêt du 9 juin 2010 (Cass. civ. 3e, n° 09-14.925), a confirmé qu’aucune condition de distance minimale n’est exigée. Une mutation dans la même ville reste valable. Le justificatif est l’avenant au contrat ou la lettre de l’employeur actant le changement d’affectation.
4. Perte d’emploi
Sont visés le licenciement, la rupture conventionnelle, la fin d’un CDD, la rupture anticipée d’un CDI d’un commun accord, ainsi que la liquidation judiciaire pour les gérants. La démission n’ouvre pas droit au préavis réduit, car elle n’est pas subie. La perte d’emploi doit être proche du congé (quelques mois maximum) pour que le lien de causalité soit reconnu.
5. Nouvel emploi consécutif à une perte d’emploi
Ce motif, distinct du précédent, autorise un préavis réduit lorsque le locataire retrouve du travail après une période de chômage. Aucun délai maximal n’est fixé entre la perte d’emploi et le nouveau contrat. Un arrêt de la Cour de cassation (Cass. civ. 3e, 8 décembre 2010) a validé un congé donné après huit mois de chômage.
6. État de santé, âge ou attribution d’un logement social
Trois situations complémentaires ouvrent également droit au préavis réduit :
- Locataire de plus de 60 ans dont l’état de santé justifie un changement de domicile (certificat médical à joindre).
- Bénéficiaire du RSA ou de l’AAH.
- Attribution d’un logement social (fournir la décision de la commission d’attribution).
- Locataire victime de violences conjugales ou dont l’enfant vit habituellement avec lui a subi des violences, sur présentation d’une ordonnance de protection ou d’une condamnation pénale (article 15-I bis de la loi de 1989).
Comment envoyer votre congé : le formalisme est strict
La lettre de congé doit être notifiée selon l’une des trois formes prévues par la loi. Toute autre modalité est nulle, même si le bailleur ne conteste pas avoir reçu le courrier.
La lettre recommandée avec accusé de réception
C’est le mode de notification le plus courant. Le préavis court à compter de la date de réception effective par le bailleur, et non de la date d’envoi. Si le recommandé est renvoyé (bailleur absent ou refus), le délai ne court pas : il faudra recommencer par un autre canal. Sachez que la lettre recommandée électronique (LRE) émise par un prestataire agréé (AR24, La Poste eLRAR) a la même valeur juridique que la version papier depuis le décret n° 2018-229 du 30 mars 2018.
La remise en main propre contre récépissé
Le locataire peut remettre sa lettre directement au bailleur ou à l’agence, contre signature datée sur un double. La date de remise fait courir le préavis. Cette option est pratique quand la relation est apaisée et permet un gain de plusieurs jours par rapport au recommandé.
L’acte d’huissier de justice
Rarement utilisé mais parfaitement valable, l’acte d’huissier (aujourd’hui commissaire de justice) coûte 40 à 80 euros. Il est recommandé si le bailleur refuse systématiquement les recommandés ou si un litige est prévisible.
Ce qui n’est PAS valable
Un congé envoyé par mail, SMS, message WhatsApp, courrier simple ou déposé dans la boîte aux lettres sans récépissé est juridiquement inexistant. Le propriétaire peut alors exiger que vous continuiez à payer les loyers jusqu’à la fin du préavis correctement notifié. Un arrêt de la Cour de cassation du 24 juin 2015 (n° 13-27.303) a confirmé cette rigueur.
Le point de départ du préavis
Le préavis commence à courir le jour de la réception de la lettre de congé par le bailleur, et non le jour de son expédition. C’est un point que beaucoup de locataires négligent, avec des conséquences financières lourdes.
Exemple : vous postez votre recommandé le lundi 15 septembre. Il est remis au bailleur le jeudi 18 septembre. Pour une location vide en zone non tendue, votre préavis de 3 mois expire le 18 décembre à minuit. Vous devez donc les loyers de septembre (au prorata), octobre, novembre et décembre (au prorata jusqu’au 18).
Si le recommandé n’est pas retiré et vous revient, le préavis ne court pas. Il faudra alors procéder par remise en main propre ou par huissier. Nous vous recommandons de conserver précieusement l’accusé de réception : c’est votre preuve du point de départ du préavis en cas de contestation.
Vos obligations pendant le préavis
Le bail continue à produire ses effets jusqu’à la remise des clés. Trois points méritent votre attention.
Le paiement du loyer reste dû pour toute la durée du préavis, même si vous quittez le logement plus tôt. Le propriétaire peut cependant vous en dispenser s’il trouve un nouveau locataire pendant la période : dans ce cas, le loyer cesse d’être dû à compter de l’entrée du nouveau locataire. Cette possibilité est expressément prévue par la loi.
Les visites peuvent être organisées par le bailleur pour trouver un remplaçant. Le locataire doit les accepter, dans une limite raisonnable : deux heures par jour ouvrable maximum, hors dimanches et jours fériés (article 4-c de la loi de 1989). Refuser toute visite peut engager la responsabilité du locataire pour trouble de jouissance du bailleur.
L’état des lieux de sortie se déroule le jour de la remise des clés. Il conditionne la restitution du dépôt de garantie. Nous recommandons de le comparer scrupuleusement à l’état des lieux d’entrée et de photographier chaque pièce. Pour aller plus loin sur ce point, consultez notre guide dédié à l’état des lieux locatif.
Cas concret : calcul du dernier loyer au prorata
Marie loue un studio meublé à Nantes (hors zone tendue), 720 euros charges comprises. Elle envoie son congé par recommandé le mardi 9 septembre 2026. Le bailleur le reçoit le jeudi 11 septembre. Son préavis de 1 mois expire donc le 11 octobre 2026 à minuit.
- Loyer de septembre : dû en entier (720 euros), car Marie occupe le logement une partie du mois.
- Loyer d’octobre : dû au prorata du 1er au 11 octobre, soit 11 jours sur 31.
- Calcul du prorata : 720 x 11 / 31 = 255,48 euros.
Marie devra donc payer 720 euros pour septembre et 255,48 euros pour octobre, soit un total de 975,48 euros de loyer restant. Si le bailleur trouve un nouveau locataire dès le 1er octobre, elle ne paiera que le loyer de septembre.
Tableau récapitulatif : durées et motifs de préavis
| Type de bail | Préavis standard | Motif de réduction à 1 mois | Justificatif |
|---|---|---|---|
| Location vide (droit commun) | 3 mois | Zone tendue | Aucun (arrêté de zonage) |
| Location vide | 3 mois | Mutation professionnelle | Avenant contrat ou lettre employeur |
| Location vide | 3 mois | Perte d’emploi | Attestation Pôle emploi, lettre licenciement |
| Location vide | 3 mois | Nouvel emploi après chômage | Contrat + justificatif de la période de chômage |
| Location vide | 3 mois | Premier emploi | Contrat de travail |
| Location vide | 3 mois | Motif de santé (locataire > 60 ans) | Certificat médical |
| Location vide | 3 mois | Attribution d’un logement social | Décision de la commission |
| Location vide | 3 mois | RSA, AAH, violences conjugales | Attestation CAF ou ordonnance de protection |
| Location meublée | 1 mois | Non applicable (préavis déjà à 1 mois) | – |
| Bail mobilité | 1 mois | Non applicable | – |
Foire aux questions
Est-ce qu’un préavis de 1 mois est légal pour un locataire ?
Oui, mais seulement dans deux hypothèses : location meublée (le préavis d’un mois est le régime de droit commun) ou location vide bénéficiant d’un motif de réduction (zone tendue, mutation, perte d’emploi, santé, logement social, violences). Hors ces cas, le préavis est de 3 mois pour une location vide.
Est-ce qu’un locataire peut partir sans préavis ?
Non, sauf accord écrit du bailleur. Un départ sans préavis engage la responsabilité du locataire, qui devra payer les loyers restants jusqu’à la fin de la période. En pratique, si le logement est reloué rapidement, le préjudice est limité. Une négociation à l’amiable permet souvent de s’arranger.
Comment réduire un préavis de 3 mois à 1 mois ?
Le locataire doit invoquer expressément l’un des six motifs de réduction dans sa lettre de congé et joindre les justificatifs (contrat de travail, avenant de mutation, arrêté de zone tendue, certificat médical, décision d’attribution HLM, etc.). Sans mention du motif dans le courrier, le préavis reste de 3 mois, même si la situation le justifiait.
Le préavis part-il de l’envoi ou de la réception du recommandé ?
Le préavis court à compter de la réception effective par le bailleur, matérialisée par la signature de l’accusé de réception. La date d’envoi n’a aucune valeur juridique. Si le recommandé n’est pas retiré, le préavis ne commence pas à courir : il faut alors passer par une remise en main propre ou un acte de commissaire de justice.
Peut-on donner congé pendant un CDD saisonnier ou une période d’essai ?
Oui. La perte d’emploi comme le nouvel emploi consécutif ouvrent droit au préavis réduit, y compris pour un CDD. La fin d’un CDD est assimilée à une perte d’emploi. La rupture d’une période d’essai à l’initiative de l’employeur est également considérée comme une perte d’emploi ; à l’initiative du salarié, elle s’apparente à une démission et ne donne pas droit à la réduction.
Que se passe-t-il si le propriétaire refuse le congé ?
Le bailleur ne peut pas refuser un congé du locataire, la loi ne lui accordant aucun droit d’opposition. Un refus est juridiquement sans effet. En revanche, il peut contester la validité du congé (forme non respectée, motif de réduction non justifié) et exiger le paiement des loyers correspondants. En cas de litige persistant, le tribunal judiciaire du lieu du logement est compétent.
Le préavis peut-il être suspendu pendant les vacances ou un jour férié ?
Non. Le préavis se calcule en jours calendaires, sans suspension possible. Il ne s’interrompt ni pour les week-ends, ni pour les jours fériés, ni pour les vacances scolaires. En revanche, si le dernier jour du préavis tombe un dimanche ou un jour férié, la remise des clés peut être décalée au premier jour ouvrable suivant, sans que cela prolonge le préavis lui-même.
Point de vigilance : depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018, aucune clause du bail ne peut allonger la durée légale du préavis. Une clause de préavis à 6 mois inscrite dans un bail signé après cette date est réputée non écrite. En revanche, le bailleur peut consentir à réduire le préavis dans l’intérêt du locataire, ce qui reste une pratique tolérée.
