Un accident du travail ouvre au salarié une protection juridique et financière renforcée, à condition de respecter des délais très courts. Vous disposez de 24 heures pour informer votre employeur, qui doit lui-même déclarer l’accident à la CPAM sous 48 heures. Une fois l’accident reconnu, la Sécurité sociale prend en charge vos frais de santé à 100 % et vous verse des indemnités journalières calculées sur votre salaire, avec un complément possible versé par l’employeur.

Le cadre légal (articles L411-1 et suivants du Code de la sécurité sociale) protège le salarié contre les pertes de revenus et contre un licenciement pendant la suspension du contrat. Nous détaillons ci-dessous chaque étape de la procédure, les montants applicables en 2026 et vos recours si la reconnaissance de l’accident vous est refusée.

En bref : déclaration salarié sous 24 h, employeur sous 48 h à la CPAM. Indemnités journalières : 60 % du salaire journalier de référence pendant 28 jours, puis 80 %. Plafond IJ 2026 : 240,49 € par jour. Complément employeur possible dès 1 an d’ancienneté. En cas de refus de reconnaissance, recours devant la CRA puis le pôle social du tribunal judiciaire dans un délai de 2 mois.

Qu’est-ce qu’un accident du travail au sens légal ?

La définition juridique figure à l’article L411-1 du Code de la sécurité sociale : est considéré comme accident du travail « quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise ». Deux conditions cumulatives doivent être réunies : un événement soudain et daté d’une part, une lésion corporelle ou psychique d’autre part.

La jurisprudence retient une acception large de la lésion : blessure physique, brûlure, choc émotionnel, malaise cardiaque survenant au bureau, décompensation psychique à la suite d’un entretien conflictuel. À noter que l’accident survenu sur le lieu et pendant le temps de travail bénéficie d’une présomption d’imputabilité : c’est à l’employeur ou à la caisse de démontrer que l’accident n’a pas d’origine professionnelle, non au salarié de prouver le contraire.

Accident du travail, accident de trajet et maladie professionnelle : ne pas confondre

Ces trois notions relèvent de régimes distincts et ne procurent pas exactement les mêmes droits. L’accident du travail se produit pendant l’activité professionnelle, sous l’autorité de l’employeur. L’accident de trajet, défini à l’article L411-2 du Code de la sécurité sociale, survient sur le parcours habituel entre le domicile et le lieu de travail, ou entre le lieu de travail et le lieu habituel de restauration.

La maladie professionnelle, quant à elle, résulte d’une exposition prolongée à un risque (produits chimiques, gestes répétitifs, bruit) et suppose une reconnaissance spécifique sur la base des tableaux annexés au Code de la sécurité sociale. Sachez que la protection contre le licenciement, plus étendue, ne s’applique en principe qu’aux accidents du travail et maladies professionnelles, pas aux accidents de trajet.

Quelles démarches accomplir après un accident du travail ?

Les délais courent à partir du jour de l’accident et leur non-respect peut compromettre la reconnaissance ou l’indemnisation. Nous vous recommandons de conserver systématiquement une trace écrite (courriel, lettre recommandée avec accusé de réception) pour vous prémunir en cas de contestation ultérieure.

Les obligations du salarié : informer et faire constater

Vous devez avertir votre employeur dans un délai de 24 heures, sauf force majeure ou impossibilité (hospitalisation, coma). L’information peut être orale mais il convient d’adresser un écrit dès que possible pour dater précisément la déclaration. Si l’employeur n’est pas joignable, un courrier recommandé fait foi.

Consultez ensuite le médecin de votre choix. Celui-ci rédige un certificat médical initial décrivant les lésions et prescrit, le cas échéant, un arrêt de travail. Vous adressez les volets 1 et 2 à la CPAM et conservez le volet 3 pour votre employeur. Un certificat de prolongation sera établi si l’arrêt doit être reconduit.

Les obligations de l’employeur : déclarer et transmettre

L’employeur dispose de 48 heures ouvrées (dimanches et jours fériés non comptés) pour déclarer l’accident à la CPAM via le formulaire cerfa n° 14463. Il vous remet également une feuille d’accident (cerfa n° 11383) qui vous permet de bénéficier de la gratuité totale des soins liés à l’accident, sans avance de frais.

L’employeur peut assortir sa déclaration de réserves motivées s’il conteste le caractère professionnel de l’accident. Ces réserves déclenchent une enquête complémentaire de la caisse mais ne suspendent pas l’ouverture des droits du salarié. À noter que la déclaration tardive expose l’employeur à une amende de 750 € (personne physique) ou 3 750 € (personne morale) au titre de l’article R471-3 du Code de la sécurité sociale.

Point de vigilance : si votre employeur refuse de déclarer l’accident, vous pouvez procéder vous-même à la déclaration auprès de votre CPAM dans un délai de 2 ans. Adressez alors un courrier recommandé à la caisse en joignant le certificat médical initial et tout témoignage utile.

Tableau récapitulatif des délais et démarches

Ce tableau synthétise les principales étapes de la procédure. Un délai manqué peut entraîner la perte de la reconnaissance ou déclencher une procédure contradictoire. Nous vous conseillons de le conserver à portée de main pendant toute la durée de vos échanges avec la CPAM.

Étape Acteur Délai Conséquence en cas de dépassement
Information de l’employeur Salarié 24 heures Difficulté à établir le lien de causalité
Certificat médical initial Médecin traitant Le jour même ou le lendemain Contestation possible de la matérialité
Déclaration à la CPAM Employeur 48 heures ouvrées Amende 750 € à 3 750 €, déclaration par le salarié possible
Décision de reconnaissance CPAM 30 jours (2 mois si enquête) Reconnaissance implicite au bénéfice du salarié
Recours amiable devant la CRA Salarié ou employeur 2 mois à compter de la notification Décision devenue définitive
Recours contentieux (pôle social du TJ) Salarié ou employeur 2 mois après réponse CRA Forclusion
Déclaration tardive par le salarié Salarié 2 ans à compter de l’accident Prescription

Comment se calculent les indemnités journalières en 2026 ?

La CPAM verse les indemnités journalières (IJ) dès le lendemain de l’accident, sans jour de carence, contrairement au régime maladie de droit commun. L’employeur prend en charge intégralement la journée pendant laquelle l’accident s’est produit. Cette absence de carence est l’un des avantages majeurs du régime AT-MP.

Le taux applicable selon la durée de l’arrêt

Le salaire journalier de référence (SJR) est obtenu en divisant votre dernier salaire brut mensuel par 30,42. La CPAM applique ensuite deux taux successifs. Du 1er au 28e jour d’arrêt, l’indemnité s’élève à 60 % du SJR. À partir du 29e jour, elle passe à 80 % du SJR. L’indemnité ne peut jamais excéder le gain journalier net, calculé après application d’un abattement forfaitaire de 21 % au titre des cotisations sociales fictives.

Pour 2026, le plafond des IJ AT-MP est fixé à 240,49 € par jour (données Assurance Maladie). Les IJ sont soumises à la CSG et à la CRDS mais imposables uniquement à hauteur de 50 %, ce qui préserve partiellement leur valeur.

Cas concret : calcul complet pour un salaire de 2 400 € brut

Prenons l’exemple d’une salariée gagnant 2 400 € brut par mois, victime d’une fracture nécessitant un arrêt de 45 jours. Le calcul se déroule ainsi :

Simulation détaillée : SJR = 2 400 / 30,42 = 78,89 €. Gain journalier net = 78,89 × 79 % = 62,32 € (plafond individuel). IJ des 28 premiers jours = 78,89 × 60 % = 47,33 € × 28 = 1 325,24 €. IJ des 17 jours suivants = 78,89 × 80 % = 63,11 € (ramené à 62,32 € du fait du plafond) × 17 = 1 059,44 €. Total CPAM sur 45 jours : environ 2 384,68 € avant CSG/CRDS.

Quel complément l’employeur doit-il verser ?

La loi sur la mensualisation du 19 janvier 1978 (aujourd’hui codifiée à l’article L1226-1 du Code du travail) impose à l’employeur de verser un complément de salaire dès le 1er jour d’arrêt en cas d’accident du travail, à condition que le salarié justifie d’au moins un an d’ancienneté. Ce complément vient s’ajouter aux IJ pour maintenir une rémunération proche du salaire net habituel.

Le taux légal minimum est fixé à 90 % du salaire brut pendant les 30 premiers jours, puis 66,66 % pendant les 30 jours suivants pour une ancienneté de 1 à 5 ans. La durée d’indemnisation augmente ensuite de 10 jours par tranche de 5 ans d’ancienneté supplémentaires. De nombreuses conventions collectives (métallurgie, Syntec, HCR) prévoient un maintien à 100 % du salaire net dès le 1er jour : consultez la vôtre.

Ancienneté et durée d’indemnisation par l’employeur

Le tableau ci-dessous détaille la durée d’indemnisation légale minimale par l’employeur, en jours, sur une période de 12 mois glissants. La moitié est versée à 90 % du brut, l’autre à 66,66 %. À noter que la convention collective peut toujours prévoir des dispositions plus favorables.

Ancienneté Jours à 90 % du brut Jours à 66,66 % du brut Total
1 à 5 ans 30 30 60 jours
6 à 10 ans 40 40 80 jours
11 à 15 ans 50 50 100 jours
16 à 20 ans 60 60 120 jours
21 à 25 ans 70 70 140 jours
26 à 30 ans 80 80 160 jours
Plus de 30 ans 90 90 180 jours

Reconnaissance par la CPAM : délais et recours en cas de refus

À réception de la déclaration, la caisse dispose d’un délai de 30 jours pour statuer sur le caractère professionnel de l’accident. Si elle estime nécessaire de mener une enquête (interrogation de témoins, examen médical complémentaire, exploitation des réserves de l’employeur), ce délai est porté à 2 mois. Passé ces délais sans décision, l’accident est réputé reconnu au bénéfice du salarié.

Contester une décision de refus

Si la CPAM refuse la reconnaissance, la notification de refus doit être motivée et indiquer les voies de recours. Vous disposez alors de 2 mois pour saisir la Commission de recours amiable (CRA) de votre caisse par lettre recommandée. En cas de nouveau rejet ou de silence gardé pendant 2 mois, la juridiction compétente est le pôle social du tribunal judiciaire (compétence exclusive depuis la fusion des TASS en 2019).

À savoir : l’employeur qui conteste la reconnaissance dispose des mêmes voies de recours. Un refus peut également résulter d’une opposition tardive : la caisse est tenue de vous informer avant de trancher et de vous permettre de consulter le dossier d’instruction. Faute d’avoir été mis à même de vous exprimer, la décision de refus peut être annulée pour vice de procédure.

Rente, faute inexcusable et droits durables du salarié

Lorsque l’accident laisse des séquelles définitives, la CPAM évalue votre taux d’incapacité permanente partielle (IPP) à l’issue de la consolidation. En dessous de 10 %, une indemnité en capital versée en une seule fois est allouée (montants revalorisés au 1er avril de chaque année, entre 445 € et 4 447 € environ pour 2026). Au-delà de 10 %, une rente viagère est servie, dont le montant varie selon le salaire de référence et le taux d’incapacité.

La faute inexcusable de l’employeur

Si l’accident résulte d’un manquement à l’obligation de sécurité de l’employeur (défaut de formation, absence d’équipement de protection, dispositifs de sécurité désactivés), vous pouvez engager une action en reconnaissance de faute inexcusable devant le pôle social. La jurisprudence de la Cour de cassation retient la faute inexcusable dès lors que l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’éviter.

La reconnaissance de la faute inexcusable ouvre deux droits majeurs : la majoration de la rente jusqu’au plafond maximum et la réparation intégrale des préjudices personnels (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, perte de chance professionnelle). L’action se prescrit par 2 ans à compter de la reconnaissance du caractère professionnel de l’accident.

Protection contre le licenciement et reprise du travail

Pendant la suspension du contrat pour accident du travail, l’article L1226-9 du Code du travail interdit à l’employeur de rompre le contrat, sauf faute grave du salarié ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident. Un licenciement prononcé en méconnaissance de cette protection est nul de plein droit et ouvre droit à réintégration ou à une indemnité forfaitaire d’au moins 6 mois de salaire.

À l’issue de l’arrêt, si celui-ci a duré 30 jours ou plus (60 jours pour un accident non professionnel), une visite médicale de reprise est obligatoire dans les 8 jours suivant le retour. Le médecin du travail peut prononcer une aptitude, une aptitude avec réserves ou une inaptitude. En cas d’inaptitude, l’employeur doit chercher un reclassement avant tout licenciement et l’indemnité de licenciement est doublée si l’inaptitude a une origine professionnelle.

Foire aux questions

Est-il obligatoire de déclarer un accident de travail ?

Oui, la déclaration est une obligation légale à la charge de l’employeur (48 heures ouvrées) sous peine d’amende ; le salarié doit l’informer sous 24 heures. En cas de carence de l’employeur, le salarié peut déclarer lui-même l’accident à la CPAM dans un délai de 2 ans.

Est-on payé à 100 % en cas d’accident de travail ?

Pas systématiquement au titre de la loi. La CPAM verse 60 % du salaire journalier de référence pendant 28 jours, puis 80 %. Beaucoup de conventions collectives prévoient toutefois un maintien intégral du salaire net dès le premier jour lorsque le salarié justifie d’un an d’ancienneté : vérifiez votre convention.

Y a-t-il des jours de carence en accident du travail ?

Non. Contrairement à l’arrêt maladie de droit commun (3 jours de carence CPAM), l’indemnisation démarre dès le lendemain de l’accident. L’employeur prend en charge intégralement la journée durant laquelle l’accident est survenu.

Comment déclarer une indemnité d’accident du travail aux impôts ?

Les indemnités journalières versées au titre d’un accident du travail sont imposables à hauteur de 50 % de leur montant. Elles apparaissent sur votre déclaration préremplie, en général sous la rubrique « traitements et salaires ». Vérifiez le montant et corrigez-le si nécessaire.

Que faire si mon employeur refuse de déclarer mon accident ?

Vous pouvez procéder vous-même à la déclaration auprès de votre CPAM par lettre recommandée, dans un délai de 2 ans à compter de l’accident. Joignez le certificat médical initial et toute preuve utile (témoignages, courriels signalant l’accident, main courante).

Un accident lors d’un déplacement professionnel est-il un accident du travail ?

Oui. Dès lors que le salarié se trouve en mission pour le compte de son employeur, tout accident survenu pendant la durée de la mission (temps de trajet, hôtel, restaurant) bénéficie de la présomption d’imputabilité, y compris en dehors des heures de travail effectif.

Peut-on cumuler indemnités CPAM et complément employeur ?

Oui, le mécanisme est conçu pour compléter les IJ à hauteur d’un pourcentage du brut. L’employeur verse la différence entre les IJ CPAM et le taux prévu (90 % ou 100 % selon la convention). Le total ne peut toutefois dépasser le salaire net habituel du salarié.

Combien de temps la CPAM a-t-elle pour se prononcer ?

Trente jours à compter de la réception du dossier complet, portés à deux mois en cas d’investigation complémentaire. Passé ce délai sans décision expresse, l’accident est réputé reconnu au bénéfice du salarié. La CPAM doit vous notifier son intention avant tout refus.

Puis-je être licencié pendant mon arrêt pour accident du travail ?

Non, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident (fermeture d’établissement, motif économique justifié). Un licenciement prononcé en violation de l’article L1226-9 du Code du travail est nul et ouvre droit à réintégration ou indemnité d’au moins 6 mois de salaire.

Quelle différence entre indemnité en capital et rente d’incapacité ?

Sous 10 % d’IPP, la CPAM verse une indemnité forfaitaire en une seule fois (entre 445 € et 4 447 € environ selon le taux en 2026). À partir de 10 % d’IPP, une rente viagère est servie chaque trimestre. En cas de faute inexcusable de l’employeur, cette rente peut être majorée jusqu’au plafond maximum autorisé.